vendredi 26 octobre 2007

je suis folle...

Dans ma famille, la folie a été pendant longtemps un mot tabou. Il faut dire que nous avons une histoire assez particulière avec ce mot. Depuis des temps immémoriaux, il y a un toujours original qui marche un peu à coté des autres membres de la famille.

Je sais qu'aujourd'hui, on utilise la terminologie maladie mentale, trouble d'anxiété ou bien bipolarité. Mais pour quelqu'un qui souffre ou voit souffrir d'une de ces maladies, être fou est une terminologie bien plus drôle que la réalité. En prononçant le mot fou, dans notre tête on voit un clown, un gag, de la créativité. Le mot nous fait rire ou bien sourire. Et quand on l'est, on prends tous les sourires que l'on peut.

Revenons un peu à ma famille. J'ai un oncle qui était bipolaire maniaco-schizophène. Mon père, son frère, souffre du syndrome du choc post-traumatique et les deux frères survivants sont traités pour des troubles d'anxiétés. Leur mère a fait plusieurs dépressions et a souffert selon toute probabilité d'un post-partum aigu. J'ai une multitude de cousins et cousines qui ont fait une dépression, ont des troubles d'anxiété ou bien comme moi la disphasie du syndrôme pré-menstruel. Tous les termes sont exacts et scientifiques, aucune place à la créativité. Avec autant de sérieux mots, tout devient soudainement grave et mortel. Le sourire qu'on avait en disant que nous étions folles est complètement disparu.

La vie au jour le jour avec la maladie mentale n'est pas facile. Bien des fois, on a l'impression de marcher à côté de ces souliers. Notre discours intérieur est continu. Ce discours nous aide a avancé parfois, mais d'autres fois il nous paralyse. L'énergie de se laver, de bouger, de parler nous viens, dans les pires moments, du fonds des talons. Le quotidien est souvent un combat. Enfin bref, la chimie de notre cerveau est complètement bousillé. Nous fonctionnons sur du 220 au lieu du 120 watts. Il nous faut des adapteurs comme Europe.

Vive la médecin moderne qui nous permet d'avoir une vie plus au moins normale. Elle est notre adapteur qui nous permet de vivre sur du 120. Il y a 50 ans, j'aurais fait plusieurs séjours en institution comme ma grand-mère et certain de ses oncles. Aujourd'hui la vie, pour nous les fous, est plus facile. Je dis bien fous. Ce mot vous fait sourire, il est moins dramatique. Il me fait rire quand je parle de ma santé mentale. Je le revendique haut et fort.

Je suis folle et j'ai les pillules pour le prouver

3 commentaires:

Louis-Philippe a dit...

T'as raison... D'ailleurs, t'as remarqué que plus personne ne «meurt de sa belle mort»?

Tout est nommé, diagnostiqué, classifié, aujourd'hui.

C'est moche.

qwertymania a dit...

Les fous les plus dangereix

qwertymania a dit...

Commentaire très lucide et authentique. Les fous les plus dangereux sont ceux qui ignorent qu'ils le sont. En quelque part, nous sommes tous un peu fou ici. N'oublie le pas !